Céline Dehors et François l’Explorateur — Aspirants, chercheurs en liberté, expérimentateurs d’idées loufoques. — Et accessoirement auteur de « Ce que le Souffle m’a donné »
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mardi, décembre 20, 2016

L’année dernière, je vous parlais de l’histoire du Père Noël, du comment nous allions présenter la chose à la petite loutre. Résultat des courses, cette année, nous avons une enfant qui ne croit pas au Père Noël. Je ne suis pas certaine qu’elle en connaisse bien l’histoire (le traineau, les rênes, tout ça…) mais sachez qu’elle reconnait sans problème le personnage. C’est le monsieur qui donne les chocolats, point. Et lorsque quelqu’un commence à lui demander si elle a été bien sage pour avoir des cadeaux, elle le regarde avec l’air de dire « Qu’est-ce qu’il me veut celui-là ? C’est un déséquilibré maman ? ». Je n’ose pas expliquer, aux gens que nous croisons, que l’adorable ne connait sûrement pas le sens du mot « sage » (d’ailleurs, je commence moi-même à en douter). De plus, le lien entre le bonhomme rouge avec des chocolats dans les manches, et les surprises qu’on prépare tous en cachette avec des airs coquins, n’est pas bien établi dans sa tête.

Je ne crois pas qu’elle passe à côté de la magie du moment pour autant. Elle a les yeux qui brillent en regardant les décorations de Noël dans les vitrines et dans les rues. Elle me dit très sérieusement : « Moi aussi je veux te faire un cadeau pour Noël, maman. Tu vas être trop contente ! ». Elle prépare toute seule un paquet cadeau pour sa poupée en lui expliquant qu’elle devra attendre Noël pour savoir ce que c’est, parce que c’est une surprise. Elle vend la mèche du cadeau de son papa et pleure dans mes bras parce que c’est trop dur de ne pas dire. Le matin elle se réveille en nous disant, nous parents encore endormis, qu’attendre Noël comme ça, c’est bien trop long et qu’il vaudrait mieux faire Noël aujourd’hui pour lui faire plaisir. En attendant, elle a recopié sur une carte baguette magique en espérant que ça fasse venir son petit cadeau…

Préparer des surprises pour Noël dans un camion ce n’est vraiment pas chose évidente. Surtout quand vous avez un compagnon fortiche au point de deviner ce qui se cache dans un carton rien qu’en le prenant dans ses mains, et une adorable bien capable d’apprendre à lire pour déchiffrer dans mes e-mails ce que nous lui avons choisi. Deux vrais filous, je fais ce que je peux. Le choix n’est pas évident non plus. Je regarde les petites merveilles que font les marques telles que Djeco et Janod et je vois bien que rien ne tient dans les placards de notre camion. J’aurais aussi aimé lui rajouter quelques Playmobiles ou des jeux éducatifs de premiers choix mais il est évident que nous devons penser autrement. Nous devons faire avec une panoplie de jeux incomplète, par là je veux dire qui ne balaie pas tous les jeux intéressants pour notre petite loutre. Nous avons une sélection absolument sur-mesure. Pour le reste, nous comblerons avec nos rencontres fortuites. Nos visites dans les ludothèques des villes lui permettrons de gouter à ce que notre camion ne contient pas.

Je ne vais pas vous révéler aujourd’hui ce que nous avons choisi pour l’adorable, rapport à son possible apprentissage spontané de la lecture par pure félonie et au fait que notre choix est hyper-spécifique à la loutre. Je vais davantage vous parler du catalogue de jeux. Celui avec lequel je me serais peut-être inspirée dans une autre vie. Celui qui est à mille lieux de notre culture de parents. Celui qui m’a fait hurler de rire un soir tandis que l’Explorateur cherchait à fermer les yeux. Le catalogue de jeux que nous étions aller chercher dans un magasin spécialisé pour tenter de dénouer les désirs de l’adorable. Je ne me doutais pas du monde qui nous séparait, le catalogue de jeu et notre petite famille.

Pour les petits, c’est textures et couleurs toutes mélangées, ça chante et ça s’illumine à tout va. Pour la loutre, je pensais plus calme, repères et harmonie. Je me demande bien quelle idée du monde nous transmettons aux petits avec des jeux aussi excités. Côté jeux d’imitation c’est ménage, coiffure et maquillage. Une femme blonde, semblerait-il connue parce que le catalogue n’a pas indiqué qui elle était dans ses pages, déclare que ce genre de jeux pourrait révéler quelques vocations… Ouhouh, super ! Quelle belle panoplie de métiers ! Agent d’entretien, cuisinier, esthéticien ou vétérinaire ? Nos enfants n’ont-ils rien d’autre à voir de nos vies d’adultes ?

Ma fille me disait il n’y a pas si longtemps qu’il fallait des jeux pour les enfants et les bébés. Je lui ai alors demandé de quoi avaient besoin les adultes. Elle a réfléchi à peine deux secondes avant de me répondre : « Internet ! », puis s’est sentie obligée de rajouter : « et à manger ». Bon, bon, bon, si vos enfants ont envie de jouer à faire le ménage ou la cuisine, pourquoi pas, je n’ai pas à critiquer : l’adorable pense qu’être adulte revient à utiliser internet en permanence… ! Que nos vies sont futiles…

Après, il y a les jouets moches. Les yeux leur bouffent le visage, ça se voit à des lieux que c’est bidon, que le truc ne va jamais fonctionner plus d’une fois… Après les jeux hyper sophistiqué des nourrissons pour plaire aux parents, arrivent les jeux marketing qui donnent des étoiles dans les yeux des enfants jusqu’à ce qu’ils ouvrent le paquet et qu’ils se rendent compte que bah… à la télé, il y avait quand même pas mal de trucages. Je vois toutes ces pages de jeux moches et j’imagine les tas de jeux qui s’entassent dans certaines maisons. Noyant l’espace des parents. Noyant les enfants sous des « Range ta chambre bon sang ! ». Noyant la planète sous les déchets. Je me demande ce que cela peut bien nous apporter mis à part de la tristesse et des frustrations en tout genre.

Pour chercher notre catalogue, nous avons longuement trainé dans les rayons du magasin, la loutre et moi. L’adorable ne semblait pas particulièrement s’y intéresser jusqu’à ce qu’elle s’arrête devant la boite d’un jeu sur lequel je ne me serais jamais-jamais penchée.
« Qu’est-ce que c’est ?, me demande-t-elle.
— Un jeu avec des chiens et une balle.
— Je veux ce jeu. »
Je n’ai pas relevé et je l’ai invitée à me suivre dans les autres rayons. Elle m’a suivi sans rouspéter. En sortant du magasin, elle m’a rappelé son désir : « Maman, je veux le jeu avec les chiens et la balle. » Mon coeur faisait des bonds. Ce jeu, ce jeu, jamais je ne l’achèterais. Etais-je mauvaise avec l’adorable ? Un soir, quelques jours plus tard, elle m’a reparlé du jeu en question : « Maman, en surprise, je veux le jeu avec les chiens et les balles… ». Ce soir là, j’ai eu une idée.
« Mais ma loutre, on a déjà deux petits chiens dans le camion ! Le dalmatien et le husky.
— Oui mais… Pas en jeu comme je veux.
— Et aussi, tu as une balle !
— Oui mais…
— Attends ! »
Je sortis les jeux en question, j’alignai deux bouteilles d’eau sur le sol. « On va faire le jeu que tu veux ce soir ma loutre ! ». Je lui expliquai alors quelques règles sommaires de foot à suivre avec les chiens. Nous avions chacune notre petit canidé et nous projetions la balle avec leurs pattes. L’adorable était aux anges.

Cet épisode m’a bien appris qu’il ne fallait pas bafouer l’imaginaire et les fantasmes des enfants et au contraire que ça valait bien le coup de s’y intéresser. Le jeu qui l’avait marquée dans le magasin n’était à mon avis pas intéressant du tout, mais ce qu’en pensait ma loutre valait la peine d’être compris. Elle ne m’a depuis plus jamais reparlé du jeu des chiens avec la balle, mais s’intéresse depuis aux règles du foot et du basket.

Le catalogue continue avec les robots. Dans ces pages, c’est assez simple : soit les robots ne font pas grand chose (genre il avance —Wahooo ! Incroyable !— ou bouge les bras), soit ils coutent une blinde. Si c’est vraiment de ça que les enfants ont envie à Noël, ça ne m’étonne pas que les parents fassent la grimace dans les magasins comme je les ai vus faire ces deux dernières semaines. Ils sont pas heureux, les parents, de passer un quart de leur salaire dans des boites de jeux qui finiront, faute de piles neuves, perdus sous le lit. Ah… la vie est dure.

Je vais terminer ma lecture du catalogue de jouets par une page des jeux extérieurs sur laquelle est présentée (accrochez-vous) la trottinette cinq en un. Comment faire une poussette archi-inconfortable (pour les bambins, ça ne convient pas aux vraiment petits) qui se transforme en trottinette tricycle. Tout ça pour bien apprendre l’équilibre à son gosse. Celui qui a conçu ça n’a peut-être jamais vu d’enfant faire de la trottinette. Y’a pas besoin de trois roues pour tenir en équilibre ! A deux ans à peine, les enfants y arrivent comme des chefs ! Voilà, maintenant ils vont devoir se taper leur poussette de bébé jusqu’à l’entrée en primaire. Mais… heureusement… la trottinette est dotée d’un blocage de direction. Ouf ! Comme ça, si l’enfant devient trop énervant (parce qu’il ne supporte plus tous ses jeux d’illuminés pour nourrisson et le fait qu’il soit le seul de la bande à avoir des petites roues), paf ! Il suffit de lui bloquer la direction et de le laisser aller dans un virage juste à côté d’une falaise et…en moins de deux : problème ré-so-lu ! Ah ah ! Malin.

Vous savez quoi ? En regardant ce catalogue de Noël je comprendrais presque la panique de ma maman qui courrait après nos listes au Père Noël. Avec ce genre de modèle, Noël devient angoissant. Noël devient cher, débile, aliénant. Faire plaisir à son enfant devient itech, complexe (certains jeux sont si compliqués qu’on ne comprend même pas à quoi ils servent !), à double tranchant (et si j’ai pas choisi la Reine des Neiges qu’elle voulaiiiit ???).

Finalement, aucun des jeux que nous avons choisis pour la loutre ne figure dans ce catalogue et me tenir éloignée de ce Noël-là me soulage bien.

Je vous souhaite à tous une fête selon
vos plus profondes aspirations,
qui vous nourrie, vous libère,
vous réchauffe le coeur comme il se doit.
 Joyeux Noël !

lundi, décembre 05, 2016

S’il y a bien une chose que j’ai apprise avec ma fille c’est que rien n’est trop grand ni trop beau pour un enfant. Avant de connaître la loutre, j’avais en tête les jeux en plastique très simples, très simplifiés, parfaitement adaptés aux jeunes bébés. Il était hors de question de leur laisser une assiette, un verre, et un couteau ne m’en parlez pas quelle horreur ! Je n’avais jamais été en contact avec de jeunes enfants, c’était une idée que je n’avais jamais concrétisée, mais elle était bien ancrée dans ma tête, je peux vous l’affirmer.

Je ne vais pas vous raconter encore une fois l’histoire… mais en fait c’est peut-être nécessaire n’est-ce pas ? Alors la voici : Un jour ma fille est née et, avec elle, un regard étonné prêt à tout avaler. Je n’ai pas vu au bout de ses bras des mains maladroites mais des gestes qui se voulaient aussi précis et harmonieux que possible. J’ai vu chez ma fille un être exceptionnel qu’aucun mot ne me permet de décrire. Et j’ai vu une image, dans un film : un jeune garçon de moins d’un an tenant dans sa main un couteau parfaitement aiguisé et l’approchant de sa joue. C’était une image effrayante (mais il va se couper la joue ou s’arracher un œil !) et à la fois passionnante (voyez un peu avec quelle application l’enfant tient ce couteau !), elle a radicalement changé la façon dont je percevais les jeunes enfants. Et plus tard, les enfants plus grands, voire les adolescents.

Attention, je ne dis pas ici que les couteaux ne sont pas dangereux pour les enfants, je dis simplement qu’il pourrait peut-être bien exister une autre façon non dangereuse de les faire cohabiter avec les bébés. Autrement qu’en les cachant à leur vue.

Suivant l’inspiration de cette image de film, j’ai lu énormément. Je me suis trouvé quelques mentors. En tête : Maria Montessori et Célestin Freinet (qui m’a aidé à réfléchir aux enfants plus grands). J’ai observé ma fille comme une folle, validant un à un les intuitions de mes mentors, et ma vie de maman est devenue d’une simplicité que je souhaite à tous les parents.

Oh comme elles sont belles !
Évidemment, j’ai essayé chez moi, dans mon bel appartement, quelques activités dites Montessori piochées là et là sur les blogs. C’était presque à chaque fois un fiasco. Je ne comprenais pas bien pourquoi mais depuis j’ai effectué un beau petit stage dans une école et bien réfléchi et je suis en mesure d’expliquer mes erreurs.

1• Ne pas tenir compte
de la progression
La progression est quelque chose que l’on discute peu dans les blogs qui proposent des activités dites Montessori et c’est pourtant fondamental. Mais qu’est-ce que c’est donc ? Et bien il s’agit de mener l’enfant pas à pas vers les différentes activités. Un exemple simple : trier des billes de couleurs. Lorsqu’on présente cela à un enfant de 3 ans, il y a de fortes chances qu’il ait déjà dans sa vie eu l’occasion de manipuler des billes, de voir des récipients de couleurs, une cuillère ou une pince. Vous avez ainsi toutes les chances de ne pas rencontrer de problème. Mais lorsque l’activité est présentée à un enfant plus jeune (ma fille avait moins de deux ans lorsque j’ai eu l’idée d’essayer), c’est beaucoup moins sûr. Alors que faisait ma fille ? Triait-elle ? Mais pas du tout ! Elle connaissait déjà les couleurs de l’arc-en-ciel et je la sentais parfaitement capable de manipuler une cuillère ou une pince mais… elle n’avait pas suffisamment eu l’opportunité de le faire. Ainsi, la loutre jouait avec la pince, les billes, et moi je pestais derrière elle parce que (autre règle, messieurs mesdames) il ne faut surtout jamais détourner le matériel !!! Alors je reprenais ma fille et lui disais sans arrêt : « Non, ne fais pas ça, il faut mettre le jaune dans le jaune, tu vois ? » et petit à petit, l’adorable perdait tout intérêt pour ma jolie activité.

2• Connaître sur le bout des ongles l’activité
Les enfants retiennent le moindre détail. Lorsqu’on regarde l’adorable faire, c’est flagrant. Vous présentez une activité à votre enfant. Vous mettez les pièces d’un côté, vous commencez et puis… vous vous rendez compte qu’il ne voit pas bien. Alors vous changez les éléments de place et vous continuez. Erreur. Grave erreur. Lorsque je fais comme ça avec ma petite loutre, je suis certaine qu’elle imitera toutes mes manies, se mélangeant allègrement les pinceaux et toutes ces broutilles l’empêcheront de saisir la construction sous-jacente à l’activité.

J’ai un exemple précis. Nous avons créé avec François une similiboîte des fuseaux avec des pots de yaourt et des cure-dents. François qui ne connaissait pas bien l’activité a commencé à mettre les cure-dents dans le fond d’un couvercle et puis il s’est rendu compte que ce n’était pas pratique alors il les a pris dans la main. Lorsque ce fut au tour de l’adorable de suivre cette activité, elle a insisté pour mettre les cure-dents dans le couvercle, faire autrement la troublait énormément. Au milieu de son travail elle a entrepris de prendre tous les cure-dents restant dans son poing. Sa main ayant la taille d’un jeune enfant, c’était très difficile pour elle et ça a mis en l’air tout le reste de l’activité. François faisait son possible pour la raisonner, mais rien à faire : puisqu’il lui avait montré comme ça, pourquoi elle n’avait-elle pas le droit de faire de même ?

Au départ, je ne pensais pas que de tels éléments pouvaient troubler un enfant et puis… je me suis rappelé certaines choses. Dans l’exemple cité, le but est d’apprendre les symboles et les nombres de 1 à 9 à une petite loutre qui ne sait pas encore parfaitement compter. Cela demande une énorme concentration. Dans ce cas il est totalement admissible que la plus petite broutille la détourne de son chemin. Il faut être attentif à tous nos gestes et nos mots pour ne pas induire l’enfant en erreur.

Connaissant tout cela, nous avons petit à petit augmenté la difficulté des activités que nous proposions à la loutre. Son intelligence grandissante aidant, nous faisons à présent des choses vraiment très intéressantes. Vivre dans le camion implique toutefois quelques ajustements. Nous disposons de peu d’espace, impossible de laisser à portée de main de l’adorable l’ensemble des activités et la progression inhérente. Je procède alors ainsi. Je prépare une activité complète, puis je présente à l’adorable les éléments un à un, autorisant (ô sacrilège mais combien salvateur) le détournement !

Pour notre pseudo-boîte à fuseaux, nous avons précédé ainsi. Les petits pots l’ont intéressée en premier. Nous avons donc construit des tours et des pyramides à gogo avec les pots jusqu’à ce qu’elle les connaisse très bien. Nous avons fait de même avec les étiquettes des chiffres, et l’adorable a passé plusieurs jours avec un lot de cure-dents. Une fois que j’étais certaine que tous les éléments lui étaient très familiers, nous avons commencé à travailler le comptage des cure-dents. Mis à part quelques erreurs que nous nous sommes appliqués à corriger au fur et à mesure (par exemple, au départ je pensais le faire avec de petits cailloux mais très vite je me suis rendu compte qu’un caillou roulait loin dès qu’il était échappé…) l’activité fonctionne du toner !

J’en arrive donc à vous parler de notre mobile. Décembre arrivant, Noël s’invitant généreusement dans les magasins, nous avons décidé de créer une jolie décoration de Noël avec l’adorable. Des amis à qui nous avons rendu visite avaient une cafetière Nespresso et je trouvais les capsules vraiment magnifiques. De plus, cela faisait bien longtemps que je rêvais de créer un mobile. Voilà comment nous en sommes arrivés à inventer notre projet.

Pour faire participer la loutre, il fallait tenir compte de différents points.

1• L’exercice est complexe
De nombreuses étapes étaient nécessaires pour la création du mobile. La loutre a participé au nettoyage des capsules (étape 1), puis au passage des fils dans ces dernières (étape 3). J’ai gardé la création de l’équilibre pour moi (étape 4) et François a préparé la branche de bois (étape 2). Par conséquent, il fallait que les étapes 1 et 3 destinées à la petite loutre soient adaptées à son adresse et sa capacité de concentration. Pour moi il aurait été dommage que les étapes soient mal préparées et qu’elle n’arrive pas à participer correctement aux activités à cause de cette erreur. Ainsi, j’ai fait le point sur les étapes qu’elle connaissait déjà bien — comme de gratouiller le fond d’un pot — et celles pour lesquelles elle aurait besoin de plus de temps et d’attention. Pour ces dernières, j’étais préparée à rester patiente. Coûte que coûte ;-)

Ma grande fierté ! Je ne la savais pas capable de passer le fil aussi bien !
2• Créer et entretenir l’intérêt
Susciter de l’intérêt chez le jeune enfant est vraiment chose aisée. J’ai l’impression qu’il suffit qu’il voie un adulte s’y intéresser pour qu’il ait envie de le faire. Je l’ai très bien vu lorsque nous nous sommes arrêtés à une ludothèque. Je m’étais installée à la table de la pâte à modeler. Je faisais tranquillement mes petits bonshommes et petit à petit la moitié des enfants du lieu d’accueil se sont installés avec moi ! Au point que les parents me prenaient pour une animatrice. Mais je ne faisais pas grand-chose. Les enfants prenaient une chaise, l’installaient à la table, choisissaient une couleur et faisaient. Ma fille, à côté de moi, continuait son travail comme si de rien n’était et je l’imitais.

Pour garder cet intérêt, c’est un poil plus compliqué mais rien de bien savant. Premièrement, je pense qu’il vaut mieux présenter les choses entièrement à l’enfant de façon à ce que l’enfant voie le résultat final. J’évite notamment de « travailler à la chaîne », je sais que l’adorable a horreur de cette façon de travailler. Et moi aussi. Pour les petits pots, j’ai nettoyé totalement une première fois une capsule avant d’accompagner la loutre dans les différents gestes à effectuer. J’ai généralement une loutre qui trépigne d’envie de s’y mettre avant que j’ai terminé, mais si je la laisse prendre en route l’activité sans lui avoir montré le résultat final, en général, ça ne fonctionne pas des masses. Elle se heurte à un problème et n’a plus envie de continuer. Et moi, je suis déçue. La loutre aussi. Nous sommes déçues toutes les deux, ce n’est pas constructif.

Et puis pour entretenir l’intérêt… Hem hem. C’est plus compliqué. Il faut que la difficulté de la tâche soit bien dosée en fonction des capacités de l’enfant. Ni trop compliquée, ni trop simple. Pour compliquer une activité on peut préciser les gestes et les compétences à posséder, on peut aussi augmenter le nombre d’étapes, ou allonger la durée de la tâche (faire beaucoup de capsules, par exemple). Pour simplifier une activité, on peut scinder les étapes de façon à ce que l’activité soit moins longue, ne pas être trop exigeant (j’ai permis à la loutre de laisser un peu de café au fond des pots si cela lui convenait ainsi) ou lui donner des outils qu’il connaît bien.

Si tout cela semble de ne pas suffire : ajoutez une étape avec de l’eau. Ça marche à tous les coups :-P

3• De toute manière,
c’était une activité trop cool
La création du mobile était vraiment une idée géniale et la loutre a su participer comme une chef ! Ceci dit, tous les points étaient réunis. Nous avons utilisé de l’eau à l’étape 1, une vraie aiguille à l’étape 3 (c’est dangereux et petit, donc génial, une aiguille !), c’était compliqué, long, intense et Maman était enjouée à l’idée d’obtenir le mobile.

Je ne vous décrirai pas l’étape de nettoyage, ce n’était vraiment pas compliqué, mais je vais détailler l’étape 3. Je vais noter avec des + ou des — l’intérêt ressenti par l’adorable pour que vous vous rendiez compte.

• dérouler le fils ++
• couper le fils avec des ciseaux + (elle commence à avoir l’habitude)
• passer le fils dans le chas de l’aiguille +++
• mettre les deux brins de fil au même niveau ++
• passer le fil avec l’aiguille dans un trou de la capsule, par l’extérieur +++
• ne pas trop tirer le fil — (elle aurait préféré le tirer entièrement…)
• passer de nouveau le fils, mais par l’intérieur ++
• demander à maman de faire un nœud (neutre)
• couper le fils près de l’aiguille sans couper les doigts de maman +++

La loutre ne pipait pas un mot, concentrée au possible sur les différentes étapes pour ne pas se tromper dans l’ordre de la procédure, et pour ne pas se piquer le doigt ou se couper avec les ciseaux. Au bout de onze capsules, je l’ai entendue soupirer et me dire : « Oh… Je suis trop fatiguée maman… » Elle s’est donc arrêtée, me laissant les dernières capsules à faire. Pendant ce temps, elle s’appliquait à les ordonner le long d’un fil avec des pinces à linge, comme je le faisais pendant qu’elle préparait les capsules précédentes. Au final, elle était très contente de ce qu’elle avait réussi et était partante pour d’autres activités compliquées que j’ai dues inventé sur le tas. Le très très gros cahier de Balthazar aide bien dans ce genre de situation.

L’intérêt de l’adulte
J’ai du mal à concevoir une activité qui ne m’intéresse pas, même si c’est pour l’adorable. Je ne sais pas si c’est parce que je trouve de l’intérêt à tout, ou si c’est parce que je ne lui présente que ce qui m’intéresse, mais je fais de façon évidente les choses pour ma construction personnelle. Il se trouve que parfois, l’adorable en profite. Je ne suis pas accro aux enfants, ne me voyez pas de cette façon, vous aurez tout faux.

L’étape 4, la recherche de l’équilibre, a été très stimulante pour moi. Je ne m’étais pas préparée à une telle difficulté. J’ai commencé mon travail très naïvement. Je tenais la branche entre mes genoux et je passais les capsules une à une suivant mon inspiration. Ça n’allait vraiment pas. Alors j’ai accroché la branche dans les airs. J’ai passé les capsules précautionneusement, réfléchissant à l’équilibre que je voulais obtenir, touchant la branche doucement afin de la comprendre. En ce sens, je pense qu’il s’agit d’une activité Montessori parfaite pour les adultes afin de travailler la sensation de l’équilibre. C’est un travail en trois dimensions. Je me suis de plus amusée à changer le poids des suspensions en ajoutant des perles de bois plus ou moins grosses. Ma branche avait quatre ramifications. Je voulais que l’équilibre soit obtenu avec ces trois ramifications disposées de façon presque horizontale. Il fallait dans ce cas que je règle l’assiette de ma branche, et c’était le plus difficile.

Pas facile de prendre une photo dans le camion
À moi aussi le travail m’a demandé beaucoup de concentration et de précision. Dès que je trouvais un équilibre provisoire qui me convenait, je fixais toutes les capsules que j’avais réussi à disposer. L’expérience m’a montré qu’oublier cette étape était fatal en cas de problème. Dès que ma branche penchait dans une direction, les capsules glissaient dans cette même direction, accélérant de façon alarmante la chute du mobile… Je m’y suis prise plusieurs fois avant de réussir.


Le résultat final me plaît énormément ! C’est encore plus joli et magique que ce que j’avais imaginé !

mardi, août 30, 2016

Comme le titre de cet article l’indique, j’ai suivi une formation Montessori. C’était du 22 au 26 août à l’école Athena de Bailly avec la formatrice Bénédicte dans l’ambiance des 3-6 ans.

J’y suis allée sans vraiment savoir ce qui m’attendait. J’étais davantage attirée par l’école Athena en elle-même, découverte grâce au blog de Sylvie Desclaibes, parce qu’il s’agit d’un des rares lycées Montessori en Europe. Que l’école aille jusqu’au lycée, c’était un très net signe de sérieux pour moi. Le programme de la formation ne m’a pas particulièrement emballée, il se présentait un peu comme une liste d’ateliers à nous présenter, je me demandais bien ce vers quoi ce genre de présentation allait nous mener… Mais enfin, mon organisme de formation voulait bien prendre en charge la totalité des frais, les dates et le lieu coïncidaient parfaitement avec notre programme de voyage, je n’ai pas hésité davantage !

On voit rien d’extraordinaire sur la photo et pourtant…
La pédagogie Montessori
En arrivant à la formation 3-6 ans, je ne connaissais pas le travail de Maria Montessori que de nom, non-non-non. J’avais notamment lu L’enfant (je vous invite à cliquer), L’esprit absorbant de l’enfant, ainsi que d’autres articles plus courts. L’enfant est un livre que je conseillerais à tout jeune parent. Certains le disent un peu vieux, il me semble pourtant qu’il révolutionne encore notre façon de voir l’enfant. Je soupçonne même certains critiques de ne pas avoir saisi toute l’étendue du propos de la doctoresse…

La pédagogie Montessori, du moins ce que j’ai compris, c’est la perception de l’enfant comme une personne particulière. Les deux mots ici sont très importants, je vais expliquer mes deux termes l’un après l’autre.

Percevoir un enfant comme une personne c’est absolument saisir qu’il s’agit d’un individu séparé de nous, des adultes, avec son chemin et ses particularités propres. Comprendre que l’enfant est une personne, c’est lui accorder des droits, des responsabilités et du respect.

J’ai précisé « particulière » parce que l’enfant, vous en conviendrez facilement, n’est pas une personne comme une autre. C’est un être humain en construction, un adulte en devenir. Là où les propos de Maria Montessori sont toujours novateurs, c’est qu’elle décrit l’enfant comme un constructeur, et non plus seulement comme une personne en construction. Vous voyez la différence ? L’enfant vit pour construire l’adulte qu’il sera prochainement, son cerveau et son corps sont organisés pour construire et aller vers l'autonomie. C’est une chose dont il faut tenir compte lorsqu’on veut s’intéresser à l’enfant selon l’oeil de Montessori : l’enfant doit construire, c’est sa nature.

De cette manière, l’enfant diffère complètement de l’adulte dans son fonctionnement. Ce n’est pas seulement un adulte en miniature, ce n’est pas un petit adulte du tout : c’est un enfant. Et un enfant, qui sait vraiment ce dont il s’agit ? Et bien, pas grand monde…

Toute la pédagogie de Maria Montessori est fondée sur cette constatation première : l’enfant est fait pour construire et si l’on touche à sa nature, il ne peut plus construire correctement. C’est pourquoi, la première étape à faire lorsqu’on désire se lancer c’est l’observation. Il faut observer l’enfant, il ne faut surtout pas chercher à le diriger. Seul l’enfant sera nous dire son fonctionnement particulier, parce qu’à nous, il est devenu inconnu (et oui, nous sommes adultes et nous, nous pouvons faire ce que nous voulons ! Mouhahaha !!)

En observant messieurs dames, on arrête de dire des bêtises sur les enfants, on arrête de leur coller des étiquettes qui ne leur correspondent pas. En les observant, on les découvre tout autre que ce dont on nous a fait croire jusque là sur leur compte. Lorsque la Petite Loutre était dans mon ventre, j’étais pleine de préjugés déjà à son propos. Sur le bazar, sur les cris, sur l’ingratitude, sur sa stupidité de gosse. J’ai accouché de ces préjugés en même temps que j’ai accouché d’elle. Parce que ce qui m’a été donné dans les bras était tout autre. J’avais une chose neuve. C’est le besoin de comprendre, de me retrouver un chemin entre une réalité perdue et une réalité vécue, qui m’a dirigé jusqu’aux livres de Maria Montessori. Puis jusqu’à cette formation fin août.

L’enfant Montessori
J’ai longtemps observé ma fille. Je l’ai vue mettre et remettre mille fois un bouchon sur une bouteille, ouvrir et refermer un million de fois le tiroir d’un placard. Je l’ai vue chercher à comprendre où était chaque chose de la maison. Les sortir, puis les ranger. Les oublier, les rechercher, les ranger. Alignées comme des petits soldats parce que par jeu j’avais placé les boîtes de thon de cette façon.

Je l’ai vue vouloir tout faire seule. Je l’ai entendue des fois et des fois (cette fois, je n’ai pas compté) me dire : « Non, à moi ! », ce qui signifiait dans sa langue de bébé Je veux faire seule. Ces mots, résonnaient à chaque battement de son coeur. Je veux manger seule, donne moi les moyens de grandir ! Je veux m’habiller seule, apprends-moi ! Je veux m’exprimer, montre-moi comment faire ! J’ai vu ses yeux gros comme des billes absorber chacun des gestes des adultes qui l’entouraient.

De fil en aiguille, à force d’observations de ma part, et d’explorations de la sienne, j’ai reçu en échange une petite fille Montessori. C’est une enfant qui découvre son environnement autant avec ses yeux qu’avec ses doigts, son nez ou ses oreilles. « T’entends ? », me disait-elle tendue. Et nous cherchions ensemble ce qu’elle avait perçu. Il fallait qu’elle explore tout et partout. Dans la maison, dans la rue, dans l’herbe, dans la forêt, dans un champ, chez les autres… J’ai revu à la hausse ma notion de curiosité.

On a la chance d’avoir le monde à portée de main !

L’enfant Montessori écoute l’adulte parce qu’il sait qu’il a à apprendre de lui. Lorsque je lui demande de ne plus faire de bruit, elle me demande automatiquement pourquoi. L’enfant Montessori obéit au sens, au bon sens, à l’envie de grandir pour s’insérer dans un monde qu’il fera sien. L’enfant Montessori obéit à l’autre, à son bien être, à l’harmonie. On ne ment pas à l’enfant Montessori, on répond à ses questions parce que l’on sait qu’elles continueront à le harceler tant qu’il n’aura pas de réponse. Les apprentissages guident ses pas.

Les sens ont une importance capitale car c’est par les sens que l’enfant Montessori appréhende son environnement. C’est surtout vrai lorsqu’on a un jeune enfant qui a encore peu de connaissances abstraites dans sa propre tête pour réfléchir. Il voit, il touche, il sent, il écoute, c’est ainsi qu’il apprend. Non pas seulement en enregistrant ce que l’adulte veut bien lui révéler du monde.

La progression des ateliers
Mais je sentais bien que cette période simple et paisible touche à présent à sa fin. Ma fille veut apprendre à lire. Tout le temps qu’elle passait à 6 mois à ouvrir et fermer les placards, elle le passe maintenant à recopier les lettres qu’elle trouve. La Loutre me demande d’aller à l’école, mais maintenant même si je le voulais, je ne le pourrais plus. Et puis, elle est encore trop jeune pour faire sa rentrée (elle est de début d’année…). Elle aligne les pêches sur la banquette pour que nous les comptions ensemble. Elle veut être confronter aux chiffres. Elle triche dans son jeu sur la tablette (oui, elle a un jeu sur la tablette, je sais, je suis indigne) pour visiter les grands nombres.

Ma fille a besoin d’un environnement riche en ces deux éléments de base : la lecture, et les nombres. Son besoin d’autonomie la pousse inévitablement dans ces deux directions. Il devenait urgent que j’agisse.

Evidemment que j’avais entendu parlé du matériel de la pédagogie Montessori. « Apprendre en manipulant » oui, c’est bon, c’est pas non plus trop compliqué à comprendre, n’est-ce pas ? Sauf que… sauf que ça veut dire quoi apprendre à lire en manipulant ? Ca veut dire quoi apprendre à compter par les sens ? Je la mets devant une table de Seguin et voilà ?

Franchement, jusque là, les petits ateliers Montessori que je voyais fleurir sur internet ne me convainquaient absolument pas. Et j’ai aujourd’hui, grâce à ma super formation, compris pourquoi !

Les ateliers, ou activités, de la pédagogie Montessori n’ont de sens que lorsqu’ils sont inscrits dans une progression. Une progression : un point de départ, un point d’arrivée, et des péripéties entre.

Je vais revisiter avec vous un atelier qui a complètement foiré chez moi : le tri des billes de couleur dans trois tasses différentes. Pour trier il faut prendre la bille dans sa main (ou dans une pince, ou une cuillère, selon l’atelier), il faut ensuite la mettre correctement dans le récipient cible, il faut encore savoir correctement analyser les couleurs, il faut de plus comparer sa couleur avec celles des récipients… Un nombre de difficultés que j’avais complètement sous-estimé ! J’aurais dû, pour qu’elle réussisse cet atelier, passer auparavant par des activités de transvasement et des activités traitant des couleurs. J’aurais dû, parce que la Petite Loutre douée comme elle l’est toujours, est passée complètement à côté du super truc que je lui avais proposé. Elle a construit autre chose et moi, pauvre maman, j’étais déçue.

Vous allez peut-être me dire : tu lui as proposé ça trop tôt, le mien le fait à la perfection. Et bien comprenez bien ici que ce n’est pas une question d’âge mais bien de progression. Soi votre enfant a la science infuse sans même expérimenter, soi il avait avant d’essayer cet atelier, construit de lui-même les pré-requis pour ledit atelier. Ce n’était pas le cas de ma fille.

Et c’est cela le travail d’un pédagogue en Montessori : identifier tous les pré-requis nécessaires à l’autonomie et inventer des ateliers pour que l’enfant les acquiert. Comme ça, il n’est jamais en difficulté, il peut tout faire tout seul (ou presque !) et il reste super heureux toute son enfance ! C’est-y pas génial ?? ^^

Je vous présente ici un exemple très simple. Le matériel très connu des lettres ou des chiffres rugueux n’a de sens que lorsque votre enfant aura correctement intégré en son sein les notions de lisse et de rugueux. Indépendamment des lettres. Il faut de plus qu’il commence à comprendre que les mots sont formés de plusieurs sons accolés que l’on peut identifier. A partir de là, plus rien ne pourra l’arrêter !

La recherche de la justesse
Plusieurs fois j’ai entendu « Céline, tu es si patiente avec les enfants ! » Patiente, je ne l’ai jamais été. Et je ne le suis toujours pas. Ce n’est pas de la patience, c’est davantage une ambiance. J’ai compris que les enfants ne vivaient pas dans le même monde que nous, par leur nature. Lorsque je vois un petit renverser un verre d’eau, je ne suis pas patiente lorsque je remarque qu’il n’y a aucune éponge à sa portée, mais oui, je suis calme lorsque je vois que l’enfant en question met vingt minutes à essuyer la table. Parce que je sais qu’il est dans l’ambiance de l’apprentissage, tandis que mes compères et moi sommes dans celui de l’acte fait. Il est inutile (voir dangereux) d’essayer de faire entrer un enfant dans le monde des adultes, il est contre productif qu’un adulte s’immisce dans celui de l’enfant. J’ai fait la part des choses.

Ce n’est pas la patience, donc, c’est l’ambiance. L’ambiance des enfants qui font seuls parce qu’ils ont appris ou qu’ils apprennent quelque chose à leur portée. L’ambiance de voir que l’apprentissage est un acte intérieur. Un acte précis. Un acte qui réclame de l’ordre, de la sécurité, de la confiance.

Alors l’adulte part à la recherche de la justesse. Du mot juste. Pour les bébés, cela passe par l’utilisation d’une vraie langue. Tu ne va pas au dodo, tu vas dormir, tu ne vas faire miam miam, tu vas manger. Le respect de l’intelligence. Pour les enfants plus grands, c’est la possibilité d’enrichir leur vocabulaire, de voir que le monde est plus riche que riche et qu’il y a toujours tout à découvrir. Du geste juste. On laisse à l’enfant le temps de former sa main. On lui donne de quoi apprendre par ses sensations. Une vaisselle qui tintinnabule, c’est une vaisselle qui s’entrechoque, et la possibilité de corriger son geste. L’eau qui déborde, la notion des tailles, des volumes. Et l’éponge à côté, le droit de faire encore seul sans personne pour le gronder.

C’est ainsi que petit à petit tout se met en place. Le rangement des activités sur les étagères, pour que chacun sache où les trouver, pour que chacun sache où il en est. Le silence pour pouvoir se concentrer, écouter les bruits sans interférences. Le silence de l’éducateur aussi, pour capter le moindre de ses gestes sans être détourné par la parole. L’absence même de mot parfois, pour lui laisser la possibilité de raisonner par lui-même.

Et maintenant ?
J’étais jusque là passée à côté de cette recherche de la justesse, et c’est ce dont la Petite Loutre a dorénavant besoin. Elle se dirige vers des savoirs qui lui ouvriront les portes de l’abstraction, il ne faut que nous brouillonnons autour d’elle et que nous l’embrouillons. Il est fondamental que ces apprentissages la pénètrent en son coeur. Ce n’est pas une pression, c’est un objectif. Respecter l’ambiance de son apprentissage, observer et comprendre avec justesse ses besoins.

C’est la lettre préférée de la Loutre !

Hier, je lui ai montré en image ce que sont les lettres rugueuses, elle était enthousiaste ! Elles sont donc commandées et la Petite Loutre me demande régulièrement quand nous irons les chercher. Je pense qu’elle est prête. J’ai hâte.

jeudi, mai 26, 2016

Ma fille se brosse les dents. Elle me dit qu’elle a fini, je trouve que ce fut un peu rapide. C’est que j’ai pris une bonne résolution depuis trois jours : penser à son brossage dentaire deux fois par jour, et ne pas oublier ! Alors je prends ça très au sérieux. « Ouvre ta bouche, ma loutre, je vais regarder. »
Ouf, la louloute en question ne s’est pas transformée en relouloute pour l’occasion, elle ouvre grand la bouche pour me laisser voir l’affaire.

Et là, au beau milieu de sa molaire, un point noir. Bien rond. Avec un petit reflet brun.

Pas de panique.
« Tu as oublié un grain de myrtille sur ta dent. Je le brosse ? »
J’ai l’autorisation de la poulette. Je brosse.
Il ne part pas.
Je brosse.
Il ne part pas.
Pas de panique.
Je prends ma brosse à dent de grande (et si elle brossait mieux ?) et je rebrosse encore cette petite dent toute blanche à point noir.
Le point ne part pas.

J’essaie de le faire partir avec un cure-dent. Avec le chas d’une aiguille, mais rien n’y fait.

Comment passer en moins de deux minutes d’une maman confiante à une mère indigne ?

Mais pourquoi pourquoi ma fille a-t-elle une carie ? Elle n’a que deux ans même pas et demi ! Mais comment peut-elle avoir une carie, déjà ?!
Mais pourquoi n’ai-je pas pensé à ma bonne résolution avant ?
Mais pourquoi l’ai-je laissé se brosser les dents seule jusqu’ici ??
Mais pourquoi suis-je aussi stupide ?

Oui c’est vrai qu’elle grignote parois dans la journée. Des trucs sucrés en plus. Mais quand même, on mange plus de fruits que de confiseries à la maison… C’est vrai que son papa est ultra sujet aux caries. J’aurais dû me méfier. J’aurais dû y penser ! J’aurais dû réfléchir ! Mais à quoi me sert mon cerveau ???

Deux jours auparavant, à peine, au lieu d’accueil parents-enfants de mon petit coin de France, on avait justement parlé des dentistes pour enfants. Des super dentistes qui ne font pas peur à nos pitchouns. Qui expliquent tout. Qui prennent le temps. Qui ne font pas mal… Ni une ni deux, je me jette sur mon téléphone et je demande le nom du dentiste en question à l’animatrice qui nous en avait parlé.

Le lundi, j’ai un rendez-vous pour dans huit jours. J’ai l’impression de rattraper mes fautes, doucement. Enfin, ne t’inquiète pas adorable petite loutre, il va te soigner. Sur internet, je lui montre le cabinet, la tête du dentiste avec lequel elle a rendez-vous, elle est très contente de pouvoir y aller ! J’ai l’impression de la tromper.

Et puis nous allons dans un magasin. Je vois une belle barre de céréales bio avec des fruits secs et des graines complètes et tout et tout, ça a l’air super ! J’en achète une pour moi, une pour la loutre, une pour son papa quand il rentrera. Nous la mangeons dans la voiture.

Dans ma tête : « Elle est hyper sucrée cette barre… Des graines enrobés de sucre… Hum ! Le paradis des caries ! Et en plus, ça colle aux dents ++, ah… C’est la dernière. Après, je ferai attention. Je ne donnerai plus que des pommes à l’adorable… »

Et en entrant à la maison, je regarde encore cette petite carie, histoire de me faire un peu de mal, encore.

Et vous savez quoi ?

Le grain de myrtille était parti !



N’empêche, les dents c’est du sérieux. N’hésitez pas si vous manquez d’infos sur le sujet, à éplucher toutes les pages internet, comme je l’ai fait ce week-end, et à demander conseil.

Deux brossages par jour, maintenant, nous nous y tenons !

vendredi, février 26, 2016

Quand le petit humain nait, il ne sait pas grand chose. Beaucoup de choses oui, déjà, d'une façon impressionnante, mais pas grand chose à côté de ce qu'il saura au bout d'un an de vie, rien comparé à vingt ans de vie, et encore rien, rien du tout, après plusieurs décennies. Ce que le petit humain apprend, il ne l'apprend pas à l'abris dans le ventre de sa mère, il l'apprend en contact avec le monde extérieur. L'apprentissage de l'humain se fait donc tout autant parce qu'il est ainsi à l'intérieur mais aussi parce que son environnement extérieur est tel qu'il est. C'est une aspiration de l'extérieur vers l'intérieur, en passant par les sens et par la belle moulinette de son cerveau.

Il faut peu d'observation pour se rendre compte que tout, tout chez le jeune enfant, est un sujet d'apprentissage. Le sourire de sa mère, le goût du lait qu'il boit, le toucher des peaux qui le prennent, le poids des draps, la raideur des vêtements… et puis le froid de l'extérieur, les paroles qui l'entourent, les silences, les lumières des néons, le vent, l'enveloppe liquide de l'eau du bain, le blanc du plafond, les objets qui apparaissent, qui disparaissent, ses mains qui prennent, sa langue qui goûte, le balancement du pas de celui qui le porte… Tout est sujet à interprétation, tout sera classé dans sa tête, et l'adulte ne maîtrise rien. Qui sait ce que l'enfant pense, ce que l'enfant déduit lorsqu'il voit sa mère pleurer ? Qui sait ce que l'enfant comprend lorsque soudain la lumière du jour disparait derrière les volets ?

On pourrait peut-être dire que l'éducation commence dès le premier jour. Quand les parents réclament aux sages-femmes de baisser la lumière de la pièce pour qu'il ne soit pas ébloui, pour que ses yeux ne s'arrachent pas et qu'il puisse se concentrer sur l'odeur de la peau moite qui le porte. C'est peut-être ça : l'éducation commence ici quand les parents privilégient un apprentissage plutôt qu'un autre. La douceur avant la lumière, le goût avant le son. Peut-être même avant encore, quand une femme enceinte décide de traverser la ville à pied, faisant profiter à son enfant tous les sons de l'extérieur…

Tout est enseignant pour le jeune enfant

Je crois que si l'éducation est un sujet aussi sensible, c'est parce que nous le savons plus ou moins pertinemment : chaque geste est une parcelle de l'éducation que l'on offre aux enfants qui nous entourent. Parler de l'éducation, c'est aussi parler de soi. Quand un adulte parle fort et avec fierté devant des enfants, voilà ce que les petits humains peuvent comprendre : « j'ai de l'assurance quand je parle fort », ou « les autres m'écoutent quand je parle fort », ou « parler fort est dérangeant », ou bien même « pour parler fort il faut une avoir une grande bouche ». Il est difficile d'être parent. Nous sommes sans cesse épiés, observés, analysés, imités et tant que l'enfant ne parle pas, difficile de savoir ce qu'il en pense. Et lorsqu'il parle… c'est encore autre chose !

L'éducation est le fait d'élever un enfant vers la vie, de façon à ce qu'il devienne un adulte capable d'y résister et de s'y épanouir. Certains séparent derechef l'éducation et l'instruction. Cette séparation me paraissait toute naturelle tant que j'allais à l'école mais à présent elle me laisse quelque peu perplexe. Comment appelons-nous déjà cette belle institution gratuite, qui apprend (entre autre) à nos enfants à lire et à compter ? L'Education Nationale. Quel est le rôle de l'Education Nationale ? Celui d'instruire ou celui d'éduquer ?

Il me parait que l'instruction est une part importante de l'éducation. Déclarer le contraire signifierait que tout ce qu'on nous instruit, tous ces savoirs scolaires et moins scolaires, n'ont aucun rapport avec la vie. Ils seraient dans ce cas complètement dérisoires. Lire, n'est-ce pas déjà un peu la vie ? Nous savons tous ici, parce que nous lisons, à côté de quoi les personnes qui n'ont pas accès à la lecture passent. Ils ne passent pas à côté de leur vie, non, mais à côté d'un aspect de la vie. L'histoire, les mathématiques, la littérature, les sciences, … c'est tout ça la vie, comme la vie n'est pas que manger, qu'aimer, que se reproduire, que ressentir, ou dire des gros mots. Tous les aspects de la vie sont importants, l'éducation se doit donc d'ouvrir l'enfant au maximum de vie accessible.

L'éveil à l'art et à la beauté… C'est tout relatif !

A trop séparer instruction et éducation on en vient à fournir aux enfants et aux adolescents une instruction complètement déconnectée de leur vie. Quel collégien ou quel lycéen s'est déjà posé la question du sens de son éducation ? Oh, je ne doute pas que les adultes ont déjà une multitude de réponses toutes faites sur la question. Pour réussir dans la vie. Pour avoir un bon emploi. Pour s'éloigner de la précarité. Pour ne pas vivre dans le besoin. Certains diront pour s'ouvrir au monde, pour découvrir la société. Est-ce bien suffisant ? Maintenant que nous sommes adultes, à quoi nous éduquons-nous vraiment ? Tout instruction bien tournée participe à l'éducation de l'enfant. Le reste est une perte de temps.

Comme le calcium se fixe sur les os pour faire grandir le petit humain, son éducation se fixe sur sa personne pour en faire un adulte. L'enfant construit l'adulte. Nous restons toute notre vie un enfant plus ou moins capable de crée l'adulte du lendemain, mais pour l'enfant, il s'agit de son rôle principal. Tout chez lui tend vers cet unique but. Sa facilité pour tout apprendre, tout retenir, son désir de tout imiter. Au fils des années, un tri se crée dans sa tête, la construction se dirige vers des directions privilégiées, choisies ou influencées par l'éducation qu'il a reçue jusque là.

Eduquer les enfants, c'est construire la société future. Mais une société qui ne nous appartiendra plus, elle sera aussi la sienne, à lui l'enfant du passé. Eduquer un enfant, c'est le préparer à vivre et à se construire encore dans ce qui n'est pas déjà, dans le monde qui viendra. Lorsqu'on éduque un enfant, on fait apparaître au grand jour nos espoirs, nos regrets, nos abandons. Lorsque l'on dit : « l'enfant doit bien savoir que ça existe » on dit aussi : « je crois que ça ne changera pas et qu'il sera toujours comme ça quand mon enfant sera grand. » Avez-vous déjà réfléchi aux choses de cette façon ?

Je ne pense pas que l'éducation doit s'arrêter là. Je ne pense pas que l'éducation doit se cantonner à ce que l'adulte du présent sait ou croit, l'éducation devrait s'ouvrir à ce qui n'est pas encore. Instruire un enfant va tout à fait dans ce sens. Par l'instruction, l'enfant découvre un savoir qui appartient sans la moindre hésitation au présent. Un savoir qu'il sera par définition libre de faire évoluer une fois adulte. Apprendre l'orthographe à un enfant, c'est lui apprendre comment l'écriture se fait maintenant, apprendre à un enfant comment cet orthographe et comment les langues ont évolué dans temps, c'est lui faire comprendre que même ce qui est imprimé dans les livres est susceptible de lui appartenir plus tard.

Quand on réfléchit à l'éducation de nos enfants, il me semble pertinent de réfléchir avant tout à ce que nous désirons nous-même apprendre. Etre libre ? Etre heureux ? Vivre sans contrainte ? Avoir une bonne situation ? Nous impliquer socialement ? Faire la paix dans le monde ? Toutes les réponses sont bonnes à prendre, il faut être clair avec soi-même.

Alors, que voulez-vous apprendre, maintenant que vous êtes adulte ? Et dans tout ça, dans tout ce qui vous parait important pour le futur, que voulez-vous apprendre à vos enfants ? Finalement : dans quel mesure, un fois votre programme d'éducation prêt, votre enfant une fois adulte sera susceptible de choisir lui-même ces apprentissages ? Quels seront ses degrés de liberté ?

J'ai souvent quelques réticences lorsque j'observe les éducations que l'on fournit aux jeunes humains autour de moi. Non pas parce que je me permets de critiquer dans le sens où ces éducations que je vois ne correspondent pas à mes idéaux, mais avant tout parce qu'il n'y a jamais eu de réflexion pour l'enfant. Je ne vois que les craintes des adultes, que les contraintes que les adultes subissent, c'est une Croyance du monde présent qui éduque l'enfant.

Parent, sais-tu pourquoi tu tiens ton enfant par la main pour l'aider à marcher ?
Parent, sais-tu pourquoi tu fais prendre des cours particuliers de mathématiques à ton enfant qui a du mal avec les équations ?
Parent, sais-tu pourquoi tu obliges à dire « bonjour » ?

Paradoxalement, se poser la question suffit, il n'y a pas besoin de beaucoup d'intelligence. C'est assez rassurant n'est-ce pas ? Je vais vous dire tout de suite pourquoi. Se poser ces questions et y répondre plus ou moins justement vous détache de vos croyances et de votre vécu présent, parce que vous le verbalisez. Vous prenez de la distance par rapport à lui et vous vous rendez compte que ce que vous pensez absolument vrai vous appartient à vous seul. (Ca marche aussi en Langue des Signes.) Se poser ces questions rend ces automatismes moins naturels qu'ils n'en ont l'air, il libère automatiquement votre enfant.

Je te tiens par la main car je pense qu'ainsi tu apprendras plus vite à marcher. L'enfant est ainsi libre de penser qu'il aurait pu apprendre seul, que vous n'êtes pas indispensable à son développement.  Et vous aussi vous pouvez vous dire ça. Vous me suivez ?

Je te fais prendre des cours de maths car je pense que les maths sont essentielles dans la poursuite de tes études, pour avoir un beau métier. L'enfant est libre de penser qu'il n'est pas nul, même sans savoir faire des équations, seulement que ses études seront peut-être un peu plus difficiles, ou qu'il doit se projeter vers des domaines où les maths ne sont pas essentielles. Ou que de toutes façons, avoir un beau métier ça ne lui parle pas. Ou l'inverse.

Je t'oblige à dire bonjour car il me semble que c'est la base de la politesse et que la politesse est la garante d'une vie en communauté fondée sur le respect. L'enfant est libre de penser qu'il peut respecter une personne sans lui dire bonjour et qu'il a le droit de se méfier des personnes qui ne l'inspirent pas.

Ce ne sont que des exemples de réponses et de réactions possibles des enfants. Très peu d'enfants ont la possibilité de se détacher des croyances de leurs éducateurs tandis que tous les parents (hein, sauf cas pathologique, mais en tout cas tous les parents qui liront ces lignes) sont capables d'amorcer ce genre de réflexion.

Tandis que je n'avais pas conclu mon article sur l'intelligence, car l'intelligence ne se conclut pas n'est-ce pas, je vais prendre le risque de vous poser cette petite question saugrenue :

Ne rêvez vous d'être un bon éducateur pour les enfants dont vous avez la charge ? Et cela avant tout ?

Vous ne saurez jamais si vous avez réussi, si cet enfant est devenu aussi bien qu'il aurait dû l'être, mais vous même vous pouvez toujours vous regarder. Qu'ai-je éduqué à l'enfant ? Mes croyances, mes peurs, ou… son propre désir de vie ? Celui-là même qui l'a fait naître au monde, qui lui a fait ouvrir ses sens pour que l'extérieur entre en lui et le forme à devenir adulte pour des instants futurs.

mardi, janvier 05, 2016

Il fallait bien que ça nous arrive un jour. La petite loutre se met en colère. Oui-oui. Ma petite loutre toute parfaite d'amour se met en colère. Pas tout le temps, n'exagérons rien, mais disons que ça lui arrive. Et que ça lui arrivait de plus en plus souvent. Pour un oui, pour un non. Pour tout. Pour le pantalon, pour manger, pour éplucher les clémentines, pour aller aux toilettes, pour descendre les escaliers. L'Explorateur et moi avons alors enclenché le protocole stop aux colères. C'est un protocole de dernier recours : celui de la remise en question et de l'élaboration de nouveaux stratagèmes.

Si vous aussi vous avez un enfant de deux ans ou presque, qui sait déjà dire quelques mots, qui pousse quelques fois quelques colères, si vous avez également mis en route le protocole stop aux colères, voici quelques idées pour surmonter cette étape décisive.

Je vous parlais il y a quelques lignes des clémentines. L'adorable adore séparer elle-même les quartiers des fruits. Elle adore ouvrir et fermer elle-même les portes. Elle adore porter elle-même les plats, les verres, les assiettes, les couverts, les sacs... Il y a tout un tas de choses qu'elle aime faire elle-même. Et j'ai beau être bien sensibilisée à la philosophie Montessori, il y a bien des fois où ça va à la vitesse adulte dans la maison. L'adulte a un rythme qui sait déjà et qui va au but, tandis que le rythme du jeune enfant est plutôt celui de la construction, celui qui fait non pas pour le résultat, mais pour lui-même. Autant vous dire qu'il y a généralement dyssynchronie. Autant vous dire qu'il y a de quoi, quand on y pense bien, énerver une petite loutre. Ca pète très très vite, une petite loutre, vous savez très certainement. L'idée que nous avons établie pour contrer ce problème fut d'inventer le superbe mot clef : "Stop !" Dès que la petite loutre dit "Stop !", enfin, plutôt : "Pop !", on s'arrête. On stoppe tout ce qu'on faisait, pour la regarder. Et on essaie de la comprendre.
Je lui prépare une clémentine à ma vitesse de maman pressée que le repas se termine parce qu'à 13h faut qu'on quitte la maison. "Maman ! Pop ! Pop !" Je m'arrête et ça fait tilt. "Ah oui, tu veux le faire toi-même, c'est vrai…" Sans ça, dans 5 secondes les quartiers étaient séparés et c'était fini de notre fin de repas au calme.

---> Inventer un mot d'alerte pour que l'enfant n'ait pas besoin de se mettre en colère quand les événements lui échappent ou quand quelque chose désagréable survient : stop, arrête, non à moi, … en fonction de ses capacités d'élocution. Nous avons ajouté un geste au mot pour le rendre encore plus direct : elle lève la main à plat vers nous comme si elle voulait nous retenir d'avancer.

Difficile d'atteindre par quelques mots un enfant en colère.
Souvent, je me bouche les oreilles de façon ostentatoire
et je parle doucement à la petite loutre dans l'oreille.

"Non pas dodo là, moi lit papa y maman"
"Non ma loutre, tu dors dans ton petit lit."
Cris abominables de la part de l'adorable.
Si j'étais restée sur mes positions, je me serais dit que nous étions ici devant un combat de volonté. Elle veut ça, je ne veux pas, elle crie. Ca me parait logique, de mon point de vue d'adulte. Et pourtant il me restait un vieux souvenir d'enfance, flou, tout en sentiments : je suis en colère car je crois ne pas être comprise. Et si c'était ça ? On la refait :
"Non moi dodo papa y maman"
"J'ai compris ma petite loutre que tu voulais dormir avec nous… *petit temps de pose pour que chacun se mette au même rythme de compréhension* mais je ne suis pas d'accord."
L'adorable se couche dans son petit lit, renifle un coup et s'endort.
Qui a dit que la magie n'existait pas ?

---> Se dire que finalement un jeune enfant ne veut pas toujours s'opposer à l'adulte, même si son langage verbal, stridentel et gestuel nous semble dire le contraire. Penser à reformuler, penser à dire que nous avons compris ce qu'il voulait avant de le refuser.

La dernière source de colère que nous avons repéré chez notre adorable est la non maîtrise de son environnement causée par l'incompréhension d'un événement, parfois source de peur. Comme pour le stop, nous nous sommes mis d'accord sur quelques mots clefs importants tels que "peur" (en LSF on frappe deux fois avec la paume de la main sur le coeur), "d'accord" (en LSF : les deux poings devant soi se saluent), et "attends" (en LSF : on fait un petit coucou mais au plafond la main à la hauteur du nombril).
L'objectif ici est d'expliquer ce qui se passe, ce qui va se passer, suffisamment longtemps à l'avance pour laisser le temps de comprendre, afin que le jeune enfant ne soit pas surpris, qu'il ne reste pas sur le banc de touche avec ses questions sans réponse.
Pour compléter la chose, on peut lui apprendre quelques mots ou signes à sa portée s'il éprouve le besoin d'en parler lui aussi. Par exemple, la petite loutre pleurait souvent (sans que je ne puisse rien faire pour la consoler) lorsque son papa partait au travail. Je lui ai alors appris le signe "travail" pour qu'elle puisse me dire, elle aussi, ce qui se passe et ce qui la rend triste. Depuis, les départs de l'Explorateur passent presque inaperçus !
On peut évoquer les sentiments négatifs : colère, tristesse, … ainsi que, évidemment, leur contraire positif.

Et surtout, là où ça a marché du tonner avec notre loutre, nous faisons tout pour l'impliquer dans les explications grâce à nos petits mots clefs "attends" et "d'accord". Elle a ainsi la capacité de nous dire si elle est satisfaite du temps que nous lui avons consacré ou si elle a besoin de plus d'explications.
Petit exemple : nous avions une panne de voiture (d'ailleurs, à présent nous n'avons plus de voiture du tout…) et nous reculions la voiture en la poussant. La petite loutre avait désiré entrer dedans pour jouer. Dès que les roues se sont mis à tourner doucement, elle s'est mise à hurler contre nous. Comme une folle. Vraiment, ça faisait peur. Heureusement, les mots clefs étaient là !
"Pop ! Moi y'ai peur !"
"Mais la voiture va super doucement, tu ne crains rien."
"Moi attache."
"Non, je ne t'attache pas, il n'y a pas de danger, c'est maman et papa qui poussent la voiture. Tu es d'accord ?"
"Non, attends. Moi attache !"
"Si tu as peur, tu peux sortir de la voiture pendant la manoeuvre. Tu retourneras y jouer après."
"……… accord."

---> Et oui, c'est un peu bê-bête mais les réactions d'un petit enfant faisant suite à la peur ou à l'incompréhension peuvent s'apparenter à la colère. Pas facile à gérer, il faut le savoir…

Si vous avez des idées à partager vous aussi, n'hésitez pas ! Je suis preneuse. Oui, il reste encore quelques colères et oppositions que nous n'avons pas élucidées :-( J'espère que cet article vous sera utile, que vous saurez y trouver des mots et la bonne manière pour écouter votre adorable et terrible protégé.

A vous les studios !

lundi, août 31, 2015

Dans notre famille nous avons décidé d'arrêter d'être violents avec notre chien. Oui, comme ça : pffiou ! Parce que nous croyons qu'un monde sans violence est bien plus agréable à vivre.

On arrête de lui crier dessus (vu ses oreilles aussi grandes que deux paraboles, c'était un peu stupide), on arrête de le frapper (avec ses crocs capables de couper un poulet en deux, vaut mieux pas lui montrer que ça se fait chez nous…), et on arrête aussi de s'exaspérer lorsqu'il ne fait pas bien quelque chose.

Bon, ok, c'est bien joli tout ça, mais sans violence vous faites comment ?

J'aimerais bien vous répondre tout en devenant énervante. Avec un truc du style : "Bah, on fait tout le reste." Gonflant, non ? Pourtant, c'est tout à fait ça. Quand on décide de ne plus utiliser la violence, en terme d'éducation, on est obligé de se concentrer sur le reste. On lui apprend les bons comportements. On soutient ses bonnes actions. On lui consacre un peu de temps pour qu'il soit heureux de vivre avec nous. On lui offre sa place. Et on réfléchie.

Parce que c'est un peu ça la différence entre un humain archaïque, pas capable d'user un autre outil que le gourdin, et un bon homo sapiens sapiens : la réflexion. Et quand je dis réflexion, je ne parle pas d'un long théorème de maths, ni d'une dissert de philo, mais juste d'un peu d'empathie, d'un peu de mémoire, d'un peu d'humanité.

Bien faire les choses, évite sacrément quelques embarras. Du genre avoir un chien agressif. Un chien peureux. Un chien qui ne connait pas sa place au sein de la famille, d'une communauté. Un chien qui n'est pas heureux parce qu'il ne fait jamais les choses correctement. Un chien qui finit abandonné sur un balcon.

Ne banalisons pas notre propre violence. Vous pouvez ressembler à ça dans les yeux de l'autre.

Mais, et s'il va trop loin ? Vous ne le frappez même pas dans ce cas ?

Et bah non. C'est un animal, voyez-vous. Un animal, c'est fragile. Et puis on part du principe qu'il ne désobéit jamais par malice. Il le fait parce que l'ordre ne lui plait pas, pour une raison qui lui est propre. Parce qu'il ne se sent pas capable de l'exécuter. Parce qu'il n'a pas bien compris ? Je ne dis pas souvent des gros mots mais… Dans tous ces cas, le frapper, c'est con.

Et s'il teste nos limites ? S'il veut voir jusqu'où on va ? Vous croyez vraiment que ce qu'il veut voir, c'est que ses maitres sont capables d'être violents avec lui ? Vous croyez vraiment que le cabot, il va être désagréable avec nous, juste exprès, de façon claire et prémédité, pour qu'on le frappe ?

Non, mais vous croyez vraiment qu'elle a envie d'être frappée, notre boule de neige musclée ?

Alors, je vous vois avec vos grands airs et vos haussements d'épaules : ne croyez pas surtout pas qu'on a un chien parfait. Enfin, si, il est parfait : quatre pattes, une belle queue touffue, des coucougnettes bien descendues, des dents blanches, une intelligence hors du commun. Il est parfait mais il ne fait pas toujours tout comme on le voudrait. Du genre, il bouffe TOUT dès qu'on le laisse un peu seul. Il fait le cirque. Il fait le zouave devant nos voisins qui craignent (quoi ? je ne sais pas) pour leur York flippé du slip.

Dès que je dis : “Regardez comme ce chien est bien élevé ! Jedi, attends-assis!”, il se sauve mettre les vaches du voisin en un cube bien compact. Le truc qu'en ordinaire, il ne ferait jamais. Voilà, il est parfait. Mais nous en tant que nouveaux éducateurs bienveillants, nous faisons parfois des erreurs, nous ne nous comprenons pas toujours, nous n'avons pas toujours l'idée du siècle qui va tout arranger. Dans le genre dire : “On rentre !” plutôt que “Au pied !” à un chien qui fait sa tête de mule. Ce genre de détail qui nous rend meilleurs de jour en jour.

Eduquer dans la bienveillance n'est pas toujours facile. On est placé face à ses propres faiblesses, tous les jours, du matin au soir. Il faut accepter qu'on éduque une autre personne que soit. Une personne qui ne connait encore rien à des codes établis bien avant sa naissance, une personne qui a tout à apprendre. Enfin, je voulais dire un chien. Parce que c'est bien de mon chien que je vous parle là. Un chien qui doit tout apprendre d'un couple d'humain.

Cette démarche, nous la faisons pour notre confort personnel mais également pour enrichir l'humanité. Parce que nous savons que la violence engendre la violence. Que lorsqu'elle est banalisée, admise dans l'éducation, elle est enregistrée comme une alternative possible au dérangement. Votre voisine fait quelque chose qui ne vous plait pas ? Bah, allez donc la menacer devant chez elle, ce n'est rien ! Vous voyez ce que je veux dire… ?

Je ne sais pas comment vous vous débrouillez avec vos enfants, mais l'atmosphère est bien plus paisible depuis que toute la famille, humains et animaux, s'est mise à la bienveillance.

Pour une fois qu'une mode promet de rénover notre société, foncez !

Jedi : “Ne me demandez rien entre 10h et 17h… Je dors !”
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